De la smart city à la wiki city

La vision stratégique de Veolia sur la smart city de demain

Entamée depuis plusieurs années, la transformation digitale de Veolia s’ancre plus que jamais dans l’identité du groupe. Innovations technologiques, nouveaux marchés et nouvelle façon de concevoir la ville en sont indissociables. Une mission transversale menée depuis plus deux ans par Alain Staron, Vice-président senior en charge de la stratégie digitale chez Veolia.

Selon certains, « la donnée est le nouveau pétrole ». Qu’en pensez-vous ?

Portrait Alain StaronAlain Staron : La donnée seule ne sert pas à grand-chose. Recueillir de la donnée est une condition nécessaire à l’économie numérique, c’est un moyen, mais elle n’apporte de la valeur ajoutée que si on est capable d’en tirer du sens. Sans ce savoir-faire, une entreprise ne peut pas effectuer sa transformation digitale ! Et celle-ci exige d’accepter de toucher à l’ADN même de l’entreprise. On parle bien du mot « transformation ».

Veolia a installé 1,5 million de compteurs communicants en France, aujourd’hui l’objet connecté le plus répandu. Est-ce que cela a changé l’image de Veolia en tant qu’acteur du numérique ?

A.S. : Bien sûr ! Cela fait maintenant quinze ans que nous recevons un retour d’expérience positif sur ces compteurs, ce qui nous donne une vraie légitimité dans le temps. Cette réussite nous incite à travailler de concert avec les principaux acteurs du numérique afin que les nouveaux standards technologiques intègrent le savoir-faire que nous avons engrangé. C’est dans cette optique que nous avons signé un partenariat avec le géant chinois Huawei, leader mondial des équipementiers télécoms, très concerné par l’Internet des objets (Internet of Things, IoT). La ville intelligente est l’un des marchés majeurs de l’IoT. Nous travaillons aujourd’hui avec ce groupe pour imaginer ensemble de futures innovations technologiques, de nouveaux produits et services destinés à la ville de demain.

Est-ce que les réseaux sociaux ont leur place dans votre stratégie digitale ?

A.S. : Tout à fait ! Chez Veolia, la transformation digitale se définit par le croisement de trois courants : la technologie, les usages et l’économie. La formulation de notre vision stratégique consiste à étudier et à anticiper les évolutions de ces courants, et à projeter l’action de Veolia envers chacun. Que se passe-t-il donc au cœur de chacune de ces trois tendances ? Prenons l’exemple de l’année dernière. Sur le plan des usages, le taux d’adoption des nouvelles technologies, et singulièrement celui des plateformes contributives C2C (consumer to consumer) s’est encore accéléré. Une illustration en est que l’année dernière, la capitalisation boursière d’Airbnb a dépassé celle du groupe hôtelier Hilton, soulignant le fait que l’individu est capable de faire masse, plus que les acteurs traditionnels… Il faut se familiariser avec ces tendances dès le départ, et l’écosystème des réseaux sociaux en représente une majeure sur le plan des usages. Nous les avons ainsi intégrés dans notre offre Urban Board destinée aux élus.

Comment appréhender le concept changeant de « ville de demain », ou smart city ?

A.S. : La ville est un organisme vivant et complexe. La première étape de la définition de la ville intelligente, ou smart city, a été celle de la ville que l’on peut modéliser. Puis avec le développement de l’intelligence artificielle et du traitement des données, nous sommes passés de la smart city à la data city : les données en très grand nombre sont nécessaires pour affiner les modèles définis à l’étape précédente. Or aujourd’hui, on se rappelle qu’une ville est composée de personnes, et que ces personnes possèdent une part d’imprévisible, une capacité à l’initiative : place à la wiki city.

Est-ce cette façon de penser la ville qui a conduit à la conception des trois nouveaux services digitaux annoncés au Salon des Maires l’année dernière : Urban Hypervision, Urban Board et Urban Pulse ?

A.S. : Oui, ils en sont l’application concrète. Nous avons distingué trois types d’acteurs : les élus, les gestionnaires et les citoyens. Ces acteurs interagissent en permanence, et possèdent des besoins et des usages spécifiques. C’est pourquoi nous avons conçu trois produits adaptés à chacun, afin d’accompagner les villes dans leur transformation digitale.

Urban Board pour les décisionnaires : l’objectif est de donner une vision claire de ce qu’il se passe dans la ville, une synthèse des paramètres que les élus souhaitent suivre. Ceux-ci sont regroupés dans un tableau de bord sur-mesure, c’est l’Urban Board qui regroupe les cinq grandes thématiques intéressant les décideurs : l’environnement (eau et air), la mobilité, la propreté, la sécurité et l’économie. Pour cela, nous avons établi des partenariats avec des entreprises expertes dans ces domaines. Ils fournissent des indicateurs clés de leurs activités pour nourrir ce tableau de bord. Autre innovation notable, pour chacune de ces thématiques, nous analysons en temps réel les sentiments des citoyens exprimés sur les réseaux sociaux.
Les élus peuvent ainsi se préoccuper de leurs infrastructures et de leurs concitoyens via un seul et même outil.

Urban Namics pour les techniciens : Il s’agit d’une suite d’outils digitaux permettant de gérer les infrastructures pour chacune des thématiques de la ville que nous gérons. Ils viennent en particulier alimenter nos systèmes opérationnels dans nos métiers et contribuent à l’amélioration de la performance, de la transparence et de la résilience des territoires sur lesquels nous opérons.

Urban Pulse (via l’application Urban Touch) pour les habitants : les centres d’intérêts des individus sont regroupés dans un guide digital de la ville (évènements, actualités, informations sur les services urbains, transports…). Nous y avons ajouté une dimension personnelle privée, sur le domicile, les amis et le lieu de travail. L’application s’adapte en temps réel au déplacement de chacun. Mais il a fallu aller encore plus loin ! Les économies d’énergie, d’eau par exemple, dépendent pour les trois quarts d’un changement des usages individuels. Et pour inciter à changer, il faut échanger. C’est là qu’Urban Pulse intervient : les habitants peuvent y proposer ou répondre à des initiatives citoyennes, comme la mise en commun de biens ou de savoir-faire.

Pousser les habitants à s’engager pour leur ville, là repose le cœur de la wiki city !

Comment voyez-vous le futur ?

A.S. : À terme, Veolia s’oriente vers une transformation totale de son métier, comme le laissent imaginer les outils ci-dessus. Nous avons une mission de fédération, de lancement et d’accompagnement d’initiatives, au niveau des entreprises comme des particuliers. Veolia accompagne et accompagnera la transformation digitale des villes en tant que plateforme d’échange entre tous les acteurs de la ville.

Quant à la « rupture technologique », elle est déjà en train d’avoir lieu, il faudra compter avec l’expansion de l’intelligence artificielle et des robots autonomes. Le travail de pédagogie est d’ores et déjà indispensable mais il s’agit d’un frein transitoire : les taux d’adoption et l’effet d’entraînement accélèrent cette transition.

L’enjeu final est que chacun puisse prendre conscience de l’impact de son action à la fois localement et globalement, et prenne plaisir à agir pour son territoire. Aujourd’hui, nous n’avons plus le choix !

NB : Veolia communiquera sur les résultats de son partenariat avec Huawei début 2018. L’actualité du Salon des Maires sera également annoncée ultérieurement.

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