Christophe Galvez : “La data environnementale et l’IA permettraient de prévoir les problématiques météorologiques, en partie responsables de la disparition des abeilles”

Directeur marketing et innovation chez SOMEI, Christophe Galvez est à l’initiative d’API-Smart, un programme s’appuyant sur une démarche participative et éco-responsable afin d’améliorer les conditions de vie des abeilles en proie à l’impact de l’Homme sur la planète. Il s’exprime, dans un entretien, sur la façon d’utiliser la donnée environnementale, une solution “indispensable pour notre survie alimentaire”. 

Bonjour Christophe, pour commencer pourriez-vous nous en dire plus sur vous en quelques mots ?

À la base, je ne suis pas du tout informaticien mais ingénieur chimiste, et j’ai toujours travaillé sur la question des impacts environnementaux sur le corps humain afin de bien définir les besoins et les usages des citoyens au regard des problématiques environnementales. Et j’ai rejoins la SOMEI parce que je suis convaincu que l’informatique aide à améliorer ou préserver l’environnement.

Aujourd’hui, le numérique se déploie dans quasiment tous les domaines de notre société. Concernant le secteur primaire, on utilise de plus en plus l’expression “smart agriculture” pour désigner les éleveurs et les agriculteurs hyper-connectés. D’après vous, quel est l’apport de la data environnementale pour notre société de demain ?

C’est un sujet que j’ai en tête et nous essayons en ce moment d’y réfléchir aussi avec des grands producteurs céréaliers. Pourquoi ? Car aujourd’hui la nourriture est vitale pour l’être humain. Par son activité industrielle, l’être humain a transformé l’agriculture et de surcroît son environnement. L’utilisation massive de pesticides et la mono-culture à profusion font disparaître les pollinisateurs. C’est pour cette raison que la donnée environnementale est indispensable.

Pour vous donner un exemple concret, la donnée environnementale associée avec l’IA permettrait de prévoir les problématiques météorologiques très locales, souvent responsables de la disparition des abeilles. Par l’expression « problématiques météorologiques », j’entends les averses de grêle très localisées qui sont liées au dérèglement climatique mais aussi à l’industrialisation de notre planète. C’est pourquoi, en tant qu’ingénieur chimiste et scientifique, il me paraît indispensable d’utiliser la donnée environnementale comme solution à la problématique environnementale .

Pour faire simple, la ruche connectée est une version améliorée de la ruche. Elle va nous donner des informations sur la santé des abeilles et l’état de notre environnement. Comment le programme API-Smart y parvient-il ?

Le programme API-Smart a un seul et unique objectif : l’appropriation du comportement des citoyens de tout âge à la sauvegarde de l’abeille pour notre survie alimentaire. En effet, la ruche connectée va mesurer la santé de l’abeille et comparer ces informations à des données environnementales telles que la qualité de l’air, le stress hydrique ou encore les impacts industriels sur l’activité de la ruche.

Comment y parvient-on ? En impliquant les citoyens dans cette démarche. Ils peuvent gérer eux-mêmes les ruches connectées à travers une application qui va les guider de A à Z au suivi de l’activité des abeilles. Des tableaux de bords sont mis à disposition des collectivités pour sensibiliser le grand public à l’importance de la biodiversité et à l’impact environnemental de l’activité humaine. Ils informent sur la qualité de l’air, le stress hydrique, la faune et la flore. Comparables à des bio-indicateurs, ces tableaux vont tout simplement signaler par un code couleur la qualité de l’environnement dans lequel vivent les abeilles. Le vert informe que les abeilles se portent bien et parviennent à combattre les problèmes environnementaux. La couleur orange prévient que la ruche est en difficulté tandis que le rouge signale que les abeilles sont dans une zone de mortalité.  Enfin les ruches sont connectées à une plateforme à destination des enfants pour les éduquer au rôle de ce pollinisateur.

Il existe aujourd’hui sur le marché plusieurs modèles de ruches connectées. En quoi le programme API-Smart se différencie t-il des autres ?

Il existe aujourd’hui une quinzaine de start-ups en France spécialisée dans ce domaine. Toutes proposent comme service de faciliter le travail des apiculteurs en leur apportant des informations sur la ruche telles que le poids des abeilles, un paramètre fondamental pour estimer la date de l’essaimage et de miellée. Ces informations sont indispensables aussi pour prévenir les risques. Une faible croissance du poids de l’abeille peut être liée à une anomalie dans la colonie, voire une maladie.

Notre ruche connectée n’a rien à voir avec cela. Il s’agit d’un baromètre qui va mesurer l’activité de l’abeille dans un environnement affecté par l’activité humaine et industrielle. En fonction des résultats que nous obtenons, nous pouvons déterminer si une zone environnementale est favorable à l’activité des abeilles.

D’après l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement et travail), le rayonnement électromagnétique a un impact sur la santé des animaux, et en particulier sur les animaux d’élevage très exposés aux ondes. Les capteurs installés dans les ruches ne sont-ils pas aussi nocifs pour les abeilles ?

C’est une bonne remarque. Aujourd’hui, nous utilisons une communication GSM qui est déportée de la ruche connectée. L’impact électromagnétique de rayonnement GSM est sûrement bien plus faible que l’ensemble des impacts électromagnétiques que l’on peut avoir en milieu urbain. Car il faut souligner que nos ruches sont implantées dans les villes et n’ont pas vocation à être installées dans des parcs nationaux où tout est protégé. Leur rayonnement électromagnétique peut avoir un impact mais celui-ci est bien plus faible que tous les autres. 

Combien de ruches connectées API-Smart assistent aujourd’hui les apiculteurs, les entreprises ou les collectivités ?

Aujourd’hui nous avons une cinquantaine de ruches déployées entre Grenoble et le sud de la France. Elles sont principalement reliées à des collectivités ou à des entreprises où apiculteurs, amateurs ou professionnels ont la responsabilité de gérer ces ruches. Par exemple, la régie Eau des collines avec ses apiculteurs amateurs, la société Eaux de Marseille et ses deux associations d’apiculteurs professionnels ou encore la régie Eaux de Grenoble-Alpes et ses apiculteurs professionnels possèdent le programme API-Smart. Donc ce sont à la fois des entreprises, des collectivités et des apiculteurs professionnels qui sont partenaires de cette démarche.

Un exemple concret qui vous a particulièrement marqué et inspiré ?

L’exemple qui m’a le plus marqué c’est l’implication de la cité des Arts de la rue à Marseille. Il s’agit d’un immense lieu où se concentrent des artistes et des personnes en réhabilitation sociale. Et c’est d’ailleurs à la cité des Arts de la rue qu’est née le programme API-Smart. En tant que scientifiques nous sommes allés là-bas et nous avons observé que de nombreuses personnes voulaient s’impliquer dans la gestion des ruches connectées. Aujourd’hui, ces ruches sont maintenues par des artistes, par la directrice et également par le gardien de l’entrée du site qui est passionné par ce sujet. Son attitude est remarquable. Après son travail, il passe son temps à s’occuper des ruches connectées. Pour moi, c’est un vrai exemple. Il ne suffit pas d’être scientifique, jeunes ou vieux, cadre ou opérateur. Tout le monde peut avancer en adaptant son comportement à l’urgence environnementale. 

A présent, quel est l’objectif à venir ? 

Aujourd’hui, nous sommes en train de déposer un projet de recherche qui s’appelle ABEILLE. Chaque lettre signifie un terme en particulier qui fait sens à l’activité et l’éthique d’API-Smart. Le “A” provient du mot « abeille » ; le “B” de « bio-indicateur » ; le “E” de « environnemental » ; le “I” de « intelligent » ; le “L” de « liant » ; le second “L” du terme ”écologie” ; et, le “E” de « donnée ». C’est un projet qui réunissent à la fois l’INRA, le fleuron de l’expertise des abeilles, et l’INRIA, expert de la donnée intelligente et du Big data.

L’objectif de ce projet consiste à déployer un rucher national et de mieux comprendre le lien entre la santé des abeilles et les différents impacts environnementaux de notre territoire. De ce projet, nous voulons développer un bio-indicateur et déposer un brevet, ce qui nous permettrait d’être encore plus reconnus dans l’expertise de la protection de la biodiversité. 

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